Brexit, ce qui va changer pour vos envois de colis

Brexit et ses conséquences sur la logistiqueLe 23 juin 2016, les britanniques ont voté en majorité pour que le Royaume-Uni sorte de l’Union Européenne. Et bien que l’issue du scrutin ait été incertaine jusqu’au bout (certains médias ont même dû mettre à jour leurs éditions en urgence dans la nuit du 24 Juin après avoir pris connaissance des résultats définitifs, voir cet article du Huffington Post montrant les Unes avant/après de 4 journaux), ce sont plus de 17,4 millions de personnes, soit 51,9% des votes exprimés, qui ont choisi le « Leave », couronnant le Brexit et faisant du Royaume-Uni le premier pays à choisir de quitter l’Union Européenne.

Aujourd’hui, l’heure est au questionnement, quelles sont les conséquences précises de ce Brexit sur les économies européennes? Quels sont les changements à prévoir dans la vie de tous les jours, pour les citoyens vivant outre-manche et dans le reste de l’UE? À quoi doivent s’attendre les entreprises, notamment du e-commerce, réalisant des échanges commerciaux quotidiens avec l’Angleterre, l’Écosse, l’Irlande du Nord et le Pays de Galles? De nombreux articles sont disponibles sur le web, parlant des conséquences générales ou spécifiques du Brexit, nous nous limiterons pour notre part à déchiffrer ses répercussions possibles concernant la logistique e-commerce et les envois de colis, pour les professionnels et les particuliers.

Les conséquences immédiates du Brexit, au 23 juin 2016

Royaume Uni brexit londresC’est simple, le référendum ayant vu la victoire du camp pro-Brexit n’implique absolument aucun changement pour l’instant, mis à part les réactions tentant d’anticiper les changements à venir (cours de la livre sterling, bourses, stratégies d’entreprises, etc..) et leurs effets indirects. En effet, en cas de retrait volontaire et unilatéral d’un des pays membre, l’article 50 du traité sur l’Union Européenne prévoit que le pays souhaitant se retirer devra d’abord notifier le Conseil européen de son intention. Une fois cette notification reçue, l’UE et le pays en question auront ensuite deux ans pour trouver un accord sur les conditions de retrait, avant que les traités de l’UE ne cessent de s’appliquer à ce pays (à moins que le Conseil ne décide de prolonger ce délai). Or, malgré le sommet européen ayant eu lieu fin juin, le premier ministre David Cameron n’a pas activé l’article 50, en précisant qu’il laissait son successeur – Theresa May, qui deviendra la première ministre britannique demain, mercredi 13 juillet – s’en charger. Ceci fait que le retrait effectif du Royaume-Uni devrait tarder un moment. En allant plus loin, certains économistes et politologues estiment même que le Brexit ne se produira finalement pas malgré les résultats du référendum.

Las, bien que le retrait britannique soit incertain, il est très probable que ce changement arrive un jour ou l’autre et il faut donc tenter dès maintenant d’en comprendre les enjeux. Pour remplacer les règles existantes au sein de l’UE, le Royaume-Uni et le Conseil européen devront forcément négocier pour mettre en place des accords et définir de nouvelles règles quand aux échanges UK/UE. En bref, nous rentrons maintenant dans une période de transition qui devrait durer 2 ans ou plus à partir de l’activation de l’article 50 (ce qui pourrait arriver lors de la prochaine réunion du Conseil Européen, le 20 octobre 2016), et pendant laquelle chacun devra adapter ses positions et anticiper les changements à venir, selon ses intérêts quant au marché britannique.

Sans un accord fort, Taxes et frais de douane à prévoir

Douanes royaume uni brexit colisLes principales répercussions attendues quant aux échanges de marchandises entre les pays de l’UE et le Royaume-Uni se situent au niveau fiscal. En effet, tous les achats ou ventes de marchandises entre deux pays de l’UE, appelés acquisitions intracommunautaires, sont exonérés de droits de douane et bénéficient d’un traitement fiscal simplifié de la TVA intracommunautaire (mécanisme d’autoliquidation). Dans le pire des cas, aucun accord sur la circulation des marchandises ne sera trouvé et le Royaume-Uni deviendra directement un pays tiers à l’Union, pour lequel les échanges de marchandises avec l’UE seront dès lors considérés comme importations ou exportations, et seront généralement soumis aux droits de douane et au paiement d’une taxe – la TVA française, en ce qui concerne les importations en provenance du Royaume-Uni. Ce n’est pas tellement la TVA qui posera problème puisqu’elle est récupérable, même si elle pourra déstabiliser les finances et l’organisation d’une entreprise, mais plutôt les droits de douanes qui, eux, rendront plus chères les importations depuis le Royaume-Uni et pourront ainsi transformer des bonnes affaires en deals inintéressants. Afin d’éviter ces frais, les professionnels et particuliers français pourront donc privilégier d’autres pays membres de l’Union plutôt que de continuer les importations ou envois de colis depuis le Royaume-Uni. D’ailleurs, d’après l’Organisation Mondiale du Commerce, les exportateurs britanniques pourraient avoir à payer plus de 5.6 millions de livres par an comme droits de douane, ce qui serait un gros coup dur pour les e-commerçants notamment.

Évidemment, ceci vaut également pour les exportations depuis la France, les consommateurs vivant outre-Manche, qu’ils soient français ou britanniques, professionnels ou particuliers, devront également s’acquitter de frais de douanes (pour un montant supérieur à 150€) et de taxes sur le chiffre d’affaire à l’importation (qui s’élève à 19% du prix du produit pour un montant supérieur à 22€). De manière générale, les échanges franco-britanniques deviendront plus onéreux et plus compliqués en absence de démarches simplifiées quant au paiement de taxes et de droits de douanes. A priori, ce sont surtout les petits et moyens e-commerçants qui souffriront du Brexit, à cause de coûts logistiques toujours plus élevés. Pour beaucoup d’entre eux, il s’agira probablement de se recentrer vers le marché intérieur commun au plus vite afin de limiter les dégâts du Brexit. Les grosses entreprises, ne pouvant pas se détourner aussi vite d’un marché aussi grand que celui de nos voisins britanniques, devront signer des partenariats et trouver des réponses aux problématiques posées par le Brexit en termes de logistique. Pour les consommateurs, il sera plus difficile d’acheter outre-Manche, même si on peut espérer que les commerçants les plus flexibles, et qui s’orienteront vers les meilleures stratégies, pourront assez vite proposer des tarifs et des conditions similaires à ceux que nous avons aujourd’hui.

Tout n’est pas perdu

Ce qui est à espérer, et nous pensons que c’est le scénario le plus probable au vu de la volonté des deux entités de défendre les intérêts commerciaux des entreprises européennes et britanniques, c’est que le Royaume-Uni et l’UE parviennent à signer des accords forts, en mettant par exemple en place un libre-échange entre le Royaume-Uni et les pays membres de l’Union Européenne, qui supprimerait toute barrière douanière entre les pays concernés. On peut aussi imaginer un scénario dans lequel le Royaume-Uni resterait dans l’Espace Économique Européen, au même titre que la Norvège, l’Islande et le Liechtenstein et qui verrait la plupart des secteurs (tous, exceptés ceux des produits agricoles non-transformés et de la pêche) bénéficier d’une exemption de taxes douanières pour les échanges commerciaux intra-EEE. Mais un accord bilatéral UE/UK est également plus qu’envisageable et constituerait un scénario intermédiaire se situant quelque part entre le libre-échange et celui qui considère le Royaume-Uni comme un pays tiers quelconque. Oui, il y a un gouffre entre ces deux possibilités, et une infinité de conditions possibles, qui dépendront des négociations à venir. L’exemple le plus courant, c’est celui de la Suisse, qui ne fait pas partie de l’EEE mais a réussi à bénéficier d’accords spécifiques plus bénéfiques pour ses intérêts. Par exemple, il y a libre circulation des personnes, mais pas des marchandises, et il existe donc des contrôles douaniers pour les marchandises échangées avec la Suisse.

Que faire quand on est un e-commerce en France?

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Premièrement, il s’agira d’observer et de suivre l’avancée des négociations, en supposant que l’article 50 soit bien activé. Il faut donc mettre en place une veille « Brexit » qui permettra d’abord de s’informer, mais aussi d’anticiper du mieux possible les changements à venir. Ceux-ci sont pour le moment très incertains mais la continuité logistique dont nous bénéficions aujourd’hui avec tous les pays de l’UE sera probablement endommagée, voire brisée, quant aux échanges franco-britanniques.

Deuxièmement, il est fortement recommandé de commencer dès maintenant à étudier ses possibilités futures en termes de logistique afin de satisfaire ses clients. Ce sont les entreprises les plus flexibles, et qui proposeront la plus grande variété de solutions, qui s’en sortiront probablement le mieux. Au-delà de ça, chaque e-commerçant réalisant des ventes au Royaume-Uni devra se poser la question quant à l’intérêt de continuer à cibler le marché britannique, et avec quel degré d’investissement.

Troisièmement, la logistique ne sera bien sûr pas le seul secteur affecté, il faudra aussi suivre l’évolution des bourses mondiales et des monnaies. La livre sterling ayant perdu 12% de sa valeur face à l’euro depuis le 13 juin au soir, c’est tout le pouvoir d’achat outre-Manche qui diminue et impacte forcément les achats des britanniques en France, alors qu’au contraire, les ecommerces britanniques peuvent pour l’instant se frotter les mains. On peut penser que le cours de la livre se stabilisera ou remontera légèrement dans les prochains mois, mais impossible de prédire quoi que ce soit.

Enfin, il faudra étudier en détails les conséquences légales pour les ecommerces, puisque l’harmonisation actuelle de la législation du commerce en ligne dans l’Union Européenne en sera probablement affectée, on peut par exemple penser à la protection des données personnelles.

Econséquences union européenne colis brexitn conclusion, de nombreuses zones d’ombres sont à éclaircir concernant le Brexit et ses conséquences sur la logistique, la livraison de colis entre particuliers et sur le ecommerce en général. On y verra peut-être un peu plus clair dès demain (mercredi 13 juillet 2016), jour de l’investiture de Theresa May en tant que première ministre du pays. Celle-ci a déjà dit vouloir « négocier le meilleur accord » pour le Royaume-Uni. À suivre donc dans les prochaines semaines, les prochains mois et les prochaines années. Un processus de transition est en marche, en attendant, Wait and see…

 

 

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